« J’ai fait un parcours parfait, j’étais super concentré mais je sentais que j’allais être le plus fort. C’était trop bien d’être sur le podium », raconte avec ses mots à lui le petit prodige. Sous son casque, il secoue ses cheveux longs et zozote un peu à travers son protège-dents qu’il ne quitte pas, stigmate d’un douloureux accident. « Je gère bien la pression et je sais me mettre dans ma bulle, mais je sais aussi mettre l’ambiance dans les compet’, ça compte », sourit Bastien.
Avec son père, Fabien, ils se repassent en boucle la vidéo du « run » de la victoire, diffusée sur les réseaux sociaux (@bastscoot13 sur Instagram) et commentée des dizaines de fois par des fans. « Double whip, whip drop, barre courbe, 360, énumère le père dans le jargon de la glisse. Tout y était. »
C’est lui, Fabien, ex-skater, qui a poussé son fils sur les roulettes dès ses 2 ans et demi. D’abord en draisienne, puis en trottinette. « J’ai tout de suite senti qu’il était à l’aise, qu’il avait du potentiel et de l’envie. C’est un petit qui a besoin de beaucoup se dépenser, il n’est pas du genre à rester à la maison derrière un jeu vidéo », souligne le quadragénaire. Il fera sa première compétition à l’âge de 4 ans. « Moi j’aime la hauteur et aller vite », commente le fils, sa trottinette calée entre ses petites chaussures Vans à motif léopard. À l’autre bout du bowl, ses copains, des « grands » ados avec qui il évolue depuis des années, l’appellent. Le père, aussi devenu coach, le laisse rouler vers eux. « Comme il est fort, les grands l’ont pris sous leur aile. C’est une vraie communauté », se réjouit Fabien.
Objectif Los Angeles 2028
Pour que la trottinette reste aussi un jeu, un plaisir pour l’enfant déjà sous la pression des compétitions, le paternel ménage au champion beaucoup de temps d’exploration sur les courbes de Borély. « On y va plus fort avant les compétitions, sinon, on s’entraîne surtout le week-end », explique le père de Bastien. Le garçon vient d’entrer en CP et pour l’instant, ses copains d’école ne connaissent pas son « autre » vie, seule la maîtresse et la directrice ont été mises dans la confidence. « J’en parle pas, c’est comme ça », chasse Bastien.
« On crache au visage de nos 22 salariés »
« On nous demande de dégager au 1er janvier prochain. Mais on ne partira pas, prévient Bernard Bonnet, propriétaire de l’établissement. On est sur le domaine public maritime et donc sur des questions juridiques complexes, qui nous occupent depuis plusieurs mois. On n’a toujours pas de réponse claire sur ce qui motive la décision brutale de la Métropole. Mais je ne vais pas laisser passer le train et accepter qu’on oublie les millions d’euros que nous avons investis. Et je n’accepte pas non plus que l’on crache au visage de nos 22 salariés et de notre chef. »
Remonté, Bernard Bonnet annonce sa volonté de « se battre sur tous les terrains » et espère mobiliser les amoureux de L’Épuisette pour défendre son établissement.
Coline Faulquier à la tête du nouveau projet
Mais la partie semble déjà mal embarquée. Contacté, Didier Réault rappelle que le restaurant ne bénéficie que « d’un droit d’occupation temporaire » sur le domaine public maritime, « propriété inaliénable de l’État ». « Nous respectons le caractère temporaire de ce droit et avons donc organisé un appel d’offres au printemps dernier pour le renouveler au 1er janvier. Trois acteurs se sont portés candidats, dont l’Épuisette, détaille Didier Réault. Une commission s’est réunie et a décidé d’attribuer ce droit à un nouvel acteur, qui présentait de meilleurs investissements pour le site, un caractère environnemental plus important, un prix de location plus élevé pour une qualité de prestations de restauration également remarquable. »
Selon l’élu métropolitain, c’est un projet porté par la cheffe marseillaise Coline Faulquier qui prendra la place de L’Épuisette au 1er janvier. Révélée par l’émission Top chef, elle est déjà à la tête du restaurant étoilé Signature, rue du Rouet (8e). « Je ne fais que répondre à la réglementation et à une obligation de mise en concurrence pour ces droits d’occupation, boucle Didier Réault. La commission ne peut pas tenir compte du caractère patrimonial ou des investissements précédemment consentis, et qui ont largement été amortis par les propriétaires de L’Épuisette au vu du temps d’exploitation. Elle choisit simplement le meilleur projet. »